Excess 13 : 350 milles dans le golfe de Gascogne, et un vrai tempérament de marin

Traverser le golfe de Gascogne en hiver n’a rien d’une partie de plaisir. Vent froid, mer longue, houle croisée, et cette impression permanente d’être sur un terrain qui ne pardonne pas. Alors embarquer sur un catamaran flambant neuf dans ces conditions, c’est accepter un test grandeur nature : celui de la mer, la vraie.
Pendant 350 milles, dont la plupart au près, face à une houle de 5 mètres, avalés en 48 heures, l’Excess 13 s’est montré plus qu’à la hauteur. Au-delà des chiffres, ce qui frappe, c’est sa facilité : un bateau qui semble toujours à son aise, même dans le dur, et qui combine un comportement marin sain avec une vraie vitesse.

Des essais prometteurs… mais le grand large comme juge de paix

J’avais déjà pris la mesure du potentiel du bateau lors de deux essais privés en 2025 :
• à La Grande Motte, dans moins de 5 nœuds de vent ;
• à Annapolis, dans 23 nœuds.
Dans le petit temps méditerranéen, l’Excess 13 glissait au moindre souffle et laissait la concurrence derrière lui. Dans la brise américaine, sa réactivité dans le clapot et ses accélérations franches marquaient les esprits. Mais il manquait l’essentiel : une navigation hauturière, longue, engagée, où le bateau ne peut pas tricher.

Départ dans le brouillard : la glisse s’installe immédiatement

Nous appareillons des Sables d’Olonne, en plein brouillard, avec une quinzaine de nœuds de sud-sud-est. Cap un peu plus nord que la route directe vers La Corogne afin d’éviter le plateau de Rochebonne et ses zones de pêche.

À 100° du vent réel, grand-voile haute et génois entièrement déroulé, l’Excess 13 se cale à 8,5 nœuds. La sensation est saisissante : une glisse propre, sans effort apparent, et une stabilité de vitesse qui inspire confiance.

À la nuit, nous prenons un ris. La vitesse ralentit à peine.

Au près : un catamaran qui passe dans la mer (sans taper)

En deuxième partie de nuit, le vent faiblit et vient du sud-ouest : le programme devient clair. Vingt heures au près, dans une mer croisée et une longue houle.
Et là, l’Excess 13 marque un point décisif : il passe dans la mer.
Pas de tape, très peu de décélérations au passage des trains de houle, une capacité étonnante à conserver son rythme. L’équilibre sous voile est remarquable : le bateau donne la sensation d’être “bien né”, de se caler naturellement sans jamais se battre.

Voir l’Excess 13 en détail

Sous la surface : architecture et gréement cohérents

Ce comportement n’est pas un hasard.
D’un côté, le travail architectural sur les coques et les appendices : quillons fins et profonds, safrans élancés, coques asymétriques, une recette clairement pensée pour le rendement, la tenue au cap et le passage dans la mer.

De l’autre, une configuration de gréement orientée sensations et performance :
• mât devant le roof, pour un renvoi des efforts plus centré et plus naturel ;
• bôme basse allant jusqu’au tableau arrière ;
• surface de grand-voile supérieure à celle des concurrents, mais maîtrisée grâce au pré-cintre : la GV ouvre naturellement dans les surventes, comme sur un multicoque sportif ;
• génois à fort recouvrement, qui apporte la puissance sur l’avant et aide à franchir la houle sans casser la vitesse.

À cela s’ajoute un vrai travail sur le poids : portes à double usage, rangements plus ouverts… Au final, le rapport surface de voile/déplacement tutoie celui de marques plus élitistes.

Au portant : le bateau “fait parler la poudre”

Fin de deuxième journée, le vent vire au nord-ouest et monte : 22 nœuds au portant. Les conditions deviennent idéales pour laisser le bateau s’exprimer.
Et il ne se fait pas prier.
Calé à 10 nœuds, l’Excess 13 enchaîne les surfs à chaque vague. À la barre, les sensations sont jubilatoires : un bateau vivant, qui se joue de la mer et donne envie d’insister, d’accélérer, de relancer.
On se prend à barrer des heures sans fatigue, comme sur un bateau beaucoup plus typé performance.
Et pourtant, pas de Code 0… Avec un jeu de voiles complet, les moyennes peuvent clairement grimper. Lors d’une transat, on imagine sans mal des journées à plus de 200 milles.

Le détail qui surprend : le silence

Autre surprise, et non des moindres : le bateau ne vibre pas. Il navigue dans un silence impressionnant.
Sur un catamaran neuf, les premières navigations en mer formée s’accompagnent souvent de grincements : la structure se met en place, les cloisons travaillent, les rigidités s’ajustent. Rien de tel ici.
En 48 heures dans une mer très formée, l’Excess 13 reste silencieux.
Le travail d’alignement entre cloisons structurelles et cloisons d’ameublement se traduit par une rigidité rare sur un catamaran de croisière : c’est du confort, mais aussi un signe de sécurité et de longévité.

catamaran excess 13

Les défauts : quelques points de jeunesse

Bien sûr, il reste des détails perfectibles :
• fermetures de placards un peu légères pour les grosses conditions,
• porte coulissante de la cabine propriétaire parfois délicate,
• absence de clapets anti-retour entre toilettes et cuves à eaux noires,
• pompes de douche qui mériteraient plus de débit.
Mais l’ensemble est largement compensé par la réussite du design intérieur signé Piaton, sportif, sobre et chic, avec une vraie personnalité, différente des standards du marché.

catamaran excess 13

Conclusion : le bon compromis… et une vraie proposition

Le marché des catamarans se polarise :
d’un côté, des bateaux “charter” confortables mais sans plaisir ;
de l’autre, des marques performance devenues élitistes, souvent au-delà de 48 pieds et du million d’euros.

Dans cet entre-deux, l’Excess 13 trace une voie rare : celle d’un catamaran rapide, équilibré, joueur, capable de remonter au près avec un rendement étonnant, et d’atteindre des vitesses à deux chiffres au portant — tout en restant accessible, à la fois en prise en main et en budget.
Ce qu’il propose, surtout, c’est ce que peu de catamarans de croisière offrent encore : la glisse facile.

catamaran excess 13

🟦 ESSAI EN BREF — Excess 13

Zone / parcours : Les Sables d’Olonne → La Corogne
Distance : 350 milles
Durée : 48 h
Période : hiver (Golfe de Gascogne)
Conditions rencontrées : mer formée, houle longue jusqu’à 5 m, mer croisée
Allures dominantes : majorité au près + fin de parcours au portant
Équipage / configuration : grand-voile haute + génois à fort recouvrement (pas de Code 0)

✅ Vent

  • Départ : ~15 ndsSSE
  • Phase principale :20 h de près (vent SW en baisse)
  • Fin de parcours :22 nds NW au portant, en forcissant

✅ Vitesses relevées

  • 8,5 ndsstabilisés au reaching (100° du vent réel) sous GV + génois
  • 10 ndsau portant, avec enchaînement de surfs sur les vagues
  • Potentiel transat : journées à200 milles+ envisageables avec jeu de voiles complet (notamment Code 0)

✅ Comportement en mer

  • Passage dans la mer très sain :ne tape pas, conserve la vitesse dans la houle
  • Équilibre sous voile remarquable : bateau “naturel”, facile, peu fatigant
  • Silence surprenant: pas de vibrations ni grincements malgré mer très formée
  • Sensations à la barre : bateau vivant, joueur, qui donne envie d’insister

🟩 CE QU’ON AIME

  • Glisse facileet rythme constant même au près dans la mer
  • Excellentéquilibre sous voile
  • Rigidité / silencerares pour un catamaran neuf
  • Gréement performant maisaccessible (pré-cintre, ouverture naturelle dans les surventes)

🟥 ON AIME MOINS

  • Fermetures de placards un peu légères en conditions musclées
  • Porte coulissante de la cabine propriétaire perfectible
  • Absence de clapets anti-retour toilettes ↔ cuves eaux noires
  • Pompes de douche à débit améliorables

✅ Mini “Verdict express” (type encadré)

Rapide, équilibré, fun, très marin : l’Excess 13 réussit un compromis rare entre sensations et croisière, sans basculer dans l’élitisme des marques performance.

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